Edito | Lettre du Président

Spielberg est un adolescent qui a bien vieilli ; on se réjouit de passer un moment avec lui, comme on le ferait avec un ami. Oui, les amis virtuels font partie de notre vie, ils nous rappellent un passé qui, toujours vivant, revient parfois nous toucher. Revenir sur le passé pour le transformer relève d’une ouverture créative infinie que nous, le peuple « psy », utilisons comme nous le pouvons avec nos patients. On pensait qu’à plus de 70 ans, l’éternel adolescent du cinéma américain penchait désormais pour des films classiques, élégants, prônant des valeurs humanistes comme le récent « Pentagon papers ». Le créateur du premier blockbuster, « Les dents de la mer », se serait quelque peu rangé ? Son dernier film, « Ready player one », oppose un puissant démenti à cet a priori, rarement l’expression « film d’anticipation » n’aura été aussi bien illustrée. Rappelons que Spielberg signifie littéralement, de l’allemand vers le français, « montagne (berg) de jeu (spiel) » ! Sa vie a tenu la promesse de son nom. Résumons : en 2045, les humains trompent la morosité ambiante en s’immergeant dans un jeu vidéo géant ; Spielberg offre une vertigineuse ballade sous forme d’un grand-huit qui, tout en assurant des séquences d’une virtuosité ébouriffante, suggère à travers son hommage aux années 80 qu’on ne renonce jamais à ses racines culturelles ni au feu intérieur qui prolonge l’espace de son plaisir ludique. Truffé de références à la culture pop, le film est infiltré par une hypothèse géniale, anticipant ce qu’on ressent confusément quand on croise trop souvent les formes spectrales et pourtant hyper-réelles de Trump, du terrorisme ou d’une inexorable obsessionnalisation de la vie sociale : un jour, il ne nous restera plus que le jeu pour vivre ; l’usage social et politique du jeu virtuel sera donc au centre de tous les enjeux, et le monde du travail délaissé en termes de réalisation de soi. Aimer et jouer, ou aimer jouer seront alors les principales options libidinales lorsque la planète sera trop abîmée, sans possibilité de la réparer, ou quand regarder ce qui était autrefois un mélange entre paysages urbain et naturel sera remplacé par la grisaille d’un environnement post-industriel déchêtisé. L’environnement le plus humain pour se sentir réel sera donc virtuel. Cette hypothèse est le cœur du film de Spielberg, et le héros adolescent du film son incarnation, allant jusqu’à ressembler à Spielberg… adolescent. L’hypothèse latente du film laisse entendre que les adolescents ne sont pas encore adultes mais ils se tiennent sur le seuil, dans l’attente de leur réalisation subjective ; de cette place intermédiaire, plus ou moins prêts à s’engager dans le couloir parfois étroit de leur re-naissance, ils sont en avance sur leur temps en investissant des mondes à venir. L’adolescent et les créateurs seraient-il dotés des qualités d’un oracle ? En attendant le colloque du Cila sur la créativité le 16 mars 2019, nous aurons l’occasion de nous retrouver pour le la reprise du séminaire du Cila le 8 septembre prochain, puis à Lyon les 12 et 13 octobre prochains, sur un thème qui épouse les mouvements pulsionnels de bien des adolescents : la passion !

 

Florian Houssier, Président du CILA

 

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Capture d’écran (41)

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