
Si l’ascétisme, l’intellectualisation et les agirs de décharge, représentent des modalités défensives privilégiées à l’adolescence, de tels présupposés, aussi précieux soient-ils, ne suffisent pas à eux seuls à éclairer la nature des éléments processuels à l’origine de l’ascèse anorexique ou de l’avidité boulimique. Aussi, reste-t-il nécessaire d’explorer comment et pourquoi s’installent et s’emballent ce type de troubles, lesquels se muent très vite en conduites d’auto-sabotage qui attaquent directement le corps pubère. Quels sont les facteurs psychiques qui peuvent induire cette quête de « l’orgasme de la faim » ou pousser ces indomptables à réitérer indéfiniment les « attaques du frigidaires », jusqu’à vivre un état de mal boulimique ?
Les interventions qui se succèderont tout au long de cette journée d’étude viseront à éclairer et à examiner les liens qui se tissent entre anorexie et boulimie, étant entendu que des fantasmes boulimiques sont toujours sous-jacents au fonctionnement subjectif anorexique. Quel vampire intérieur, quelles imagos archaïques ces patient(e)s tentent d’exorciser et de maîtriser comme dans l’anorexie ou de gaver et d’étouffer comme dans la boulimie ? Ne faut-il pas penser que ces « actes symptômes » traduisent une forme d’externalisation du conflit psychique sur le corps propre, hors du champ de la psyché ? Ou bien, faut-il privilégier la perspective de liens étroits avec des comportements addictifs, l’anorexie se définissant alors comme « toxicomanie sans drogue » ?
Les différentes communications s’appliqueront à préciser ce qui fait la spécificité des prises en charge psychothérapeutiques des troubles du comportement alimentaire. Comment déjouer le risque que les séances puissent être utilisées avant tout comme possibilité de décharge ou d’évacuation psychique, davantage que comme réelle possibilité d’élaboration ? Comment amender les effets d’un travail du négatif omniprésent, au service de leur « phobie du psychique » et parvenir à susciter un processus d’hystérisation jusque-là mis en défaut ? De même, il conviendra d’explorer la singularité des vécus transférentiels et contre-transférentiels, puisque l’assèchement de la pensée anorexique, comme l’excentricité diffluente de la parole boulimique ne manquent pas de générer le risque de contaminer ou d’engloutir l’activité psychique du thérapeute. Autant de questionnements cliniques qui seront abordés et affinés tout au long des développements et des échanges de cette journée scientifique.
8h45 : Accueil
9h : Introduction : M. Haza-Pery
Présidente de séance : C. Lebrun
Conférences plénières
9h30 : Maurice CORCOS : Troubles des Conduites Alimentaires à l’adolescence : accusé de déception, désenchantement, et « Faim de non-recevoir »
10h : Gérard PIRLOT : Incestualité, quête spirituelle et anorexie-boulimie
10h30 discussion animée par C. Matha
11h-11h30 : Pause
Table ronde (11h30-13h)
Bengi Pirim DÜŞGÖR : Anorexie mentale : le lien mère-fille mortifère et la question de la fonction paternelle
Marion HENDRICKX : Tenir sans figer : contenance, cadre et incertitude dans les TCA adolescents
Sarah VIBERT : Processus de changement et anorexie : enjeux de la psychothérapie au sein d’un dispositif bifocal
Discutant : A. Perier
13h-14h30 : Pause déjeuner
Président de séance : F. Houssier
Conférences plénières
14h30 : Philippe GIVRE : Résonances entre écriture kafkaïenne et narrativité anorexique
15h : Olivier PUTOIS : À propos du maniement du transfert dans les prises en charge hospitalières pluriprofessionnelles des TCA
15h30 : discussion animée par E. Boe
16h-16h15 : Pause
Table ronde (16h15-17h45)
Joris MATHIEU : Du BED compulsif aux conduites restrictives : l’internalisation de la stigmatisation du poids comme pseudo‑enveloppe psychique.
Emmanuelle CAULE : L’emblème anorexique ou la désaliénation aliénée
Almudena SANAHUJA : Symptomatologie anorexique reflet d’un contenant familial « altéré »
Discutante : B. Blanquet
17h45 : Conclusion : F. Houssier